La chanson de Craonne

L’œuvre est une chanson intitulée « La chanson de Craonne »

L’auteur est inconnu. La seule certitude est qu’il était un soldat engagé dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, un « poilu ». On pense qu’il est originaire du Midi.

L’œuvre a été produite en 1917 dans la version que l’on connaît aujourd’hui.

En 1917, les pays européens entrent dans la 3e année de la Première Guerre mondiale. Depuis 3 ans, les soldats français et allemands se battent dans le nord de la France. C’est une « guerre de position » symbolisée par les tranchées. Les soldats sont épuisés et traumatisés par la violence des affrontements et les conditions de vie dans les tranchées.

2- Description et analyse de l’œuvre

Couplet 1

(l. 1 à 6) :

Les soldats viennent de terminer leur repos d’une semaine (« huit jours »), à l’arrière. Malgré le repos, les hommes sont fatigués et repartent résignés au front dans les tranchées (« le coeur gros », « avec des sanglots », « en baissant la tête »). Ils savent que la mort les attend et l’auteur manie une forme d’ironie quand il prétend que la vie des soldats est « utile » car les milliers de morts n’ont pas encore fait gagner la guerre.

Refrain

(l. 7 à 10) : le refrain est un chant d’adieu à tout ce que représente la vie pour les poilus, et notamment « l’amour », « les femmes ». L’auteur insiste sur la longueur de la guerre

(« C’est pour toujours ») et estiment que les soldats sont « sacrifiés » par leurs dirigeants. Il évoque le plateau de Craonne, lieu d’une lourde défaite française en 1917.

Couplet 2

(l. 11 à 16) : L’auteur a survécu à ses huit jours au front, « huit jours de souffrance » pour lui. Il n’attend plus qu’une chose « la relève, que nous attendons sans trêve » pour pouvoir repartir à l’arrière. Finalement la relève arrive sous la forme d’une compagnie de « chasseurs à pied ». Mais la relève n’est pas joyeuse. Le décor est sombre, il pleut et l’auteur sait bien que ces soldats viennent à leur tour risquer leur vie (« viennent chercher leur tombe »).

Couplet 3

(l. 18 à 25) : ce dernier couplet change de décor, ce n’est plus l’univers de la tranchée qui est décrit. Ce sont les civils qui ne se battent pas qui sont condamnés. Ceux qui ne se battent pas sont, pour l’auteur, les riches bourgeois (« tant’d’cossus ») qui préfèrent faire la fête (« la foire ») qu’aller défendre leur pays. Or, pour les poilus ce sont pour ces riches, ces « embusqués », que les soldats, souvent issus de milieux plus populaires, meurent dans les tranchées.

Dernier refrain

(l. 28-29) : le dernier refrain est légèrement différent des précédents sur la fin. Il reprend les reproches faits aux riches (« messieurs les gros ») et conclut en affirmant que c’est désormais à leur tour d’aller se battre et mourir dans les tranchées (« payez-la de vot’ peau »).

La mélodie est triste et mélancolique, ce qui est renforcé par l’accompagnement joué par un accordéon, instrument symbolisant en même temps la France.

3- Interprétation de l’œuvre

Cette chanson a été écrite 3 ans après le début de la Première Guerre mondiale. La situation semblait alors bloquée : la « guerre de position » pratiquée dans les tranchées par tous les pays dans le nord de la France ne donnait aucun résultat. Les soldats vivaient dans des conditions terribles et mourraient par dizaines de milliers tous les mois.

En 1917, les soldats sont lassés par les affrontements et la vie des tranchées. Ils ont de plus en plus le sentiment d’être envoyés à la mort pour rien. L’armée française est touchée par ce ras-le-bol des « poilus » et des mutineries éclatent.

Ici, les paroles de la chanson expriment clairement cet épuisement et cette colère des soldats contre la guerre et ceux qui ne se battent pas. L’auteur ne cherche pas à convaincre ceux qui écoutent la chanson que ses idées sont les bonnes, il ne fait qu’exprimer les sentiments que ressentaient de très nombreux soldats de l’armée française en 1917.

4- Conclusion

– Que représente cette chanson dans l’histoire ?

Cette chanson de « poilus » est à la fois une trace de ce qu’a été la Première Guerre mondiale : la vie des soldats dans les tranchées y est décrite, les sentiments des soldats apparaissent nettement. C’est aussi une trace de la remise en cause de la guerre par les soldats à partir de 1917 qui s’est traduit par de nombreuses mutineries dans l’armée française.

La chanson de Craonne – Texte