Un poème engagé : La Rose et le Réséda. Louis Aragon. 1944

Louis Aragon est né en 1897 et est mort en 1982. Au moment d’écrire ce poème, en 1943, il était donc âgé de 46 ans. Auparavant, il avait déjà combattu pendant la première guerre mondiale. Par conséquent, il connaît bien les horreurs de la guerre comme la solidarité entre soldats.

En 1918, âgé de 22 ans, il participa à la création du mouvement surréaliste avec André Breton. Il s’affirma alors comme poète puis s’engagea dans des convictions politiques communistes. Pendant l’Occupation, il devint un poète de la Résistance et fut contraint de vivre dans la clandestinité. Publiant sous divers pseudonymes (François La Colère, Arnaud de Saint-Roman), il n’hésita pas alors à revenir à une poésie plus traditionnelle et rimée, s’éloignant de ses recherches stylistiques de sa période surréaliste, afin de délivrer un message fort, facilement compréhensible. En parallèle, il continua aussi d’écrire une poésie lyrique amoureuse pour la femme de sa vie : Elsa Triolet. C’est d’ailleurs ensemble que Louis Aragon et Elsa Triolet constituèrent le Comité National des Ecrivains pour la zone Sud en 1943.

Le contexte :

A partir de la fin de 1940, face à l’occupation allemande et à la politique de collaboration du régime de Vichy, des mouvements de Résistance s’organisent. A partir de 1941 (invasion de l’URSS) les communistes entrent dans la résistance et la lutte armée se développe (sabotages, attentats).

A partir de 1943, les jeunes qui refusent le STO rejoignent le maquis. Les résistants aident les juifs aussi les juifs à se cacher…

Il s’agit d’unir toutes les forces de la nation, les communistes autant que les chrétiens, la gauche et la droite, pour lutter contre l’envahisseur et se libérer de la tyrannie.

Analyse et interprétation de l’œuvre.

La Rose et le Réséda txt

Nous avons, en classe, lu expliqué et commenté chaque vers, et avons analysé la structure du poème : rimes croisées, 10 quatrains de 7 syllabes espacés par un refrain.

 Le poème est dédié à 4 résistants : « À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru. »

Gabriel Péri, homme politique français. Membre du Comité central du Parti communiste français, responsable du service politique étrangère de L’Humanité et député de Seine-et-Oise, il fut arrêté comme résistant par la police française et fusillé comme otage par les Allemands à la forteresse du Mont-Valérien.

Henri Louis Honoré d’Estienne d’Orves (5 juin 1901 à Verrières-le-Buisson – 29 août 1941 à Suresnes) est un officier de marine français, héros de la Seconde Guerre mondiale, martyr de la Résistance, mort pour la France.

Guy Môquet, né le 26 avril 1924 à Paris et mort le 22 octobre 1941 à Châteaubriant (Loire-Inférieure1), est un militant communiste, célèbre pour avoir été le plus jeune des quarante-huit otages fusillés, le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, Nantes et Paris en représailles après la mort de Karl Hotz.

Gilbert Dru est un résistant français et militant chrétien, né le 2 mars 1920 à Viols-le-Fort et Fusillé à Lyon par la Gestapo le 27 juillet 1944.

Ces quatre résistants symbolisent la pluralité de la Résistance.

Aragon chante une sorte d’épisode archétypal de la Résistance : l’histoire de deux résistants (l’un chrétien, l’autre athée) que les envahisseurs font prisonniers (v. 17). Ils sont fusillés le lendemain matin de leur arrestation, « quand vient l’aube cruelle » (v. 21). Ces quatre hommes symbolisent l’union des différences et la lutte pour un idéal commun, au-delà des convictions politiques ou religieuses.

Ce poème se veut un chant d’union sacrée pour défendre la nation opprimée. Le refrain, répété en tête des dix strophes, produit un effet de litanie tout en rappelant la destinée commune des deux résistants, malgré la différence de leur croyance.

La fin du poème prend des airs de ritournelle campagnarde (on note l’évocation de la framboise, de la mirabelle, du grillon, de l’alouette, de l’hirondelle, ainsi que de la rose et du réséda), comme s’il s’agissait d’oublier – à la fin – les malheurs d’une France qui connaîtra un nouveau printemps.

Le sang versé par les guerriers a fertilisé la terre et a rendu sa force à la nature (« le grillon rechantera »). Il est temps de songer à vivre à nouveau.

 

Le titre du poème, « La Rose et le Réséda », autorise donc une lecture politique et religieuse du texte. La rose est le symbole du socialisme, et sa couleur rouge évoque irrésistiblement les communistes (dont Aragon fait partie). Le réséda, quant à lui, est la fleur qui représente la droite politique, notamment à travers sa couleur blanche qui est à la fois la couleur de la monarchie française et des catholiques.